Árni Magnússon, héros islandais

Cet homme rendit au XIXème siècle sa fierté à l’Islande, alors sous domination danoise. Árni Magnússon va chercher et trouver l’héritage islandais. Exilé au Danemark, il passe sa vie à collecter des vieux manuscrits. Un incendie détruit une partie de sa collection, mais l’héritage du "miracle islandais" est malgré tout sauvé, et exposé aux yeux du monde.

La recherche de l'honneur perdu

Árni Magnússon est né en 1663. Son père, son grand-père et ses deux frères sont prêtres, et Árni hésite longtemps à suivre la même voie. À 19 ans, il part à Copenhague pour étudier. Esprit brillant, il devient quelques années plus tard professeur d’Histoire à l’Université.

À 38 ans, Árni Magnússon repart finalement en Islande, sous mission de la couronne du Danemark. Il doit recenser toutes les fermes du pays, et évaluer si l’ordre et la loi danoise sont bien appliqués dans l’île.

Mais toute l’énergie de Árni Magnússon est concentrée sur la recherche dans ces fermes de manuscrits perdus. Après avoir récupéré tous les textes possibles grâce à ses relations (notamment chez les familles aisées et les églises), il va chercher les manuscrits là où ils ne sont pas attendus. Les fermiers possèdaient chez eux des vélins et les lisaient à leur famille. Lorsque le manuscrit devenait illisible, ils le recopiaient sur du papier, et utilisaient l'original dans leur vie quotidienne : semelles, doublures de livres, patrons... des quantités de manuscrits ont été ainsi sauvés de l'oubli. Les fermiers ne connaissaient pas la valeur de ces parchemins.

Árni Magnússon cherche, trouve puis ramène au Danemark tous ces manuscrits. Il rassemble ainsi près de 200 sagas. Et lorsqu’il ne peut emprunter ou acheter les vélins, il les recopie. Il réalise ainsi 10.400 apographes. Tout cela vient enrichir une collection déjà riche de textes recopiés, puis traduits en latin lorsqu’il travaillait à l’Université.

Árni Magnússon possède alors la plus importante collection de manuscrits islandais. Et même de retour au Danemark, il continue de recevoir des textes, et achète d’autres collections.

Le grand incendie de Copenhague

Le 20 octobre 1728, Copenhague est en feu. La ville s’embrase, les flammes ne peuvent être maîtrisées. 3 jours durant, la capitale du Danemark est consciencieusement détruite. 1/3 de la ville part en fumée.

Mais Árni Magnússon ne prend conscience du drame que trop tard. Il ne se décide à mettre sa précieuse collection à l’abri que lorsque les flammes lèchent déjà son quartier. Seulement 12 manuscrits sont détruits, les autres ont été sauvés. Mais tout reste a brûlé : tous les livres imprimés, et toutes ses notes et papiers. Il n’est pas la seule victime de l’incendie, la bibliothèque de l’Université a également été touchée, et certains manuscrits islandais et norvégiens, très précieux, ont été détruits.

Árni Magnússon n’a jamais réussi à se remettre du drame. 14 mois plus tard, le 7 janvier 1730, il meurt à Copenhague.

La cloche d'Islande

Laxness rend hommage au travail de collecte de Árni Magnússon dans son chef-d’œuvre La Cloche d’Islande. L’un de ses personnages principaux, Arnas Arneus, est directement inspiré du grand homme. Laxness le montre battant les chemins d’Islande pour retrouver ces manuscrits, allant même jusqu’au fond du lit d’une vieille femme pour mettre la main sur les vélins.

La trilogie se termine avec le grand incendie de Copenhague, et la passivité destructrice de Arnas Arneaus/Árni Magnússon. Une partie de l’âme de l’Islande est partie en fumée, mais sans Árni Magnússon, cette âme n’aurait jamais vu le jour. Il représente l’honneur de l’Islande.

La fondation Árni Magnússon

1927, le Danemark accepte de rendre à l’Islande, autonome depuis 1904, une partie des manuscrits collectés par Árni Magnússon. L’Institut Islandais des Manuscrits (Handritastofnun íslands) est créé.

Il faut attendre 1972 pour que le Danemark accepte enfin de rendre la totalité de la collection, 1997 pour que le transfert soit terminé. L’Institut a depuis changé de nom et devient l’Insitut Árni Magnússon. Cet institut a pour but de préserver les manuscrits, et de les étudier. Le Árnastofnun (l’Institut de Árni) comme les islandais l’appellent, abrite 1750 manuscrits, entre autre les deux Eddas, le livre des islandais, le livre de la colonisation, ou une partie de l’histoire des Rois de Norvège de Snorri Sturluson.


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