Les condamnés


XVIIème siècle. La Réforme est terminée en Islande. Commence une période plus sombre. Procès pour sorcellerie, magie noire, se multiplient, parfois conclus par des condamnations à mort et le bûcher.

Difficile de parler de véritable "Chasse aux Sorcières" comme en Europe, mais 21 personnes, dont une femme, périront par les flammes.

Voici quelques histoires de magie. Ce par quoi, trop souvent, le bûcher arriva.






Jón l’érudit

Jón était fermier dans le Strandir au début du XVIIème siècle. Fermier, mais poète et sculpteur également, il devint célèbre après avoir réussi à se débarrasser d’un fantôme quelque peu envahissant, en lui écrivant de longs poèmes passés désormais à la postérité.

La vie de Jón bascula lorsqu’il accusa l’homme fort du Strandir, Ari, d’avoir tué des pêcheurs de baleine dont le bateau avait fait naufrage.

De peur de représailles après cette accusation, Jón s’enfuit, et vient emménager sur la péninsule du Snæfelsness.

Après quelques années de calme retrouvé, Jón est à nouveau en danger : un prévôt l’accuse d’être en relation avec le diable, après avoir trouvé un livre de médecine lui appartenant.

Jón s’enfuit à nouveau, et est finalement jugé par contumace par les Danois. Condamné à l’exil, il part s’installer au Danemark.




Le premier bûcher

Il aurait réveillé un mort pour porter malheur à son ennemi. Pour cela, il fut brûlé vif. Jón Rögnvaldsson entra, bien malgré lui, dans l’histoire de l’Islande en 1652.

Son ennemi l’accuse publiquement : Jón est la cause de tous ses malheurs, Jón et sa sorcellerie. Jón nie, mais dans sa ferme sont retrouvés des papiers portant des runes et des signes magiques. La preuve, la seule, qui condamne le fermier.

Un jeune administrateur vient alors d'arriver dans l’Eyjafjörd. Désireux de faire ses preuves, il condamne Jón au bûcher, sans même en référer à l’Alþing. Jón est le premier Islandais à périr ainsi. 20 suivront.




Les malades du Trékyllisvík

En 1652, le Trékyllisvík, (la partie la plus au sud du Strandir) est affecté par une étrange maladie. Pendant la messe, plusieurs femmes (jusqu’à 16) sont prises d’étranges malaises, allant parfois jusqu’aux convulsions.

Après enquête, þorleifur Kortson, le bailli du Strandir, découvre un responsable : þórðdur Guðbrandsson. Lors de son jugement, þórðdur reconnaît avoir vu le diable sous la forme d’un renard, et l’avoir envoyé au Trékyllisvík. Il est condamné et brûlé. Deux autres hommes furent également exécutés dans cette affaire. Le premier a avoué pouvoir s’assurer les services du diable, le deuxième a admis s’être servi de caractères runiques.

Trois morts, mais point de répit. Les malaises se poursuivirent tout le XVIIème siècle, sans explications.




Jón Jónsson, sénior et junior

1656, le prête Jón Magnusson tombe malade. Il accuse alors deux hommes, Jón Jónsson père et fils, d’être à l’origine de sa maladie.

Arrêtés, les deux hommes avouent pratiquer la sorcellerie. Ils sont exécutés.

Mais Jón Magnusson est rongé par l’avidité. Après avoir confisqué tous les biens des deux hommes, il accuse la fille de la famille.

Son accusation ne trouve toutefois pas d’écho. Les autorités innocentent la jeune femme.

Jón Magnusson a par la suite écrit un livre ("Histoire de mes souffrances") contant ses mésaventures. Son histoire est ainsi passée à la postérité.






Le périple de Sigurður Jónsson

Tout commença par une dispute. Des mots lâchés un peu trop imprudemment, par Sigurður Jónsson de Skötufjörður. Ces mots, nous ne les connaissons pas, mais ils devaient être graves. Suffisamment en tout cas pour pousser un Sigurður terrorisé à quitter l’Islande.

Le jeune homme tente d’embarquer à bord d’un bateau, direction l’Angleterre.

Le lendemain de son départ, une jeune femme de Skötufjörður, tombe malade. Sigurður lui, arrive en Angleterre, mais n’a pas l’autorisation de débarquer. Retour à l’envoyeur. Retour en Islande, où l’attend le mari de la malade. Ce dernier l’intercepte, et le livre à la police.

Et là, Sigurður avoue. Il se serait battu contre un démon. Pour le vaincre, il aurait tenté d’utiliser une plante, la terreur du diable, sans succès. Puis une autre. Il aurait également déclamé des incantations magiques.

Sans preuves, uniquement sur la base de ces aveux, l’assemblée de þingvellir condamne Sigurður au bûcher en 1671. Il est le 10ème islandais à mourir brulé.




Les bûchers d’Helga

Helga est la femme de Páll Björnsson, révérend respecté de l’Arnarfjörður au XVIIème. Il est alors considéré comme l’un des plus grands savants d’Islande, parlant grec et latin, écrivain à ses heures, traducteur du Malleus Maleficorum.

En 1669, Helga tombe malade. Six mois durant, elle ne peut quitter son lit, et est, de plus, maltraitée par un fantôme. Elle finit par se souvenir d’un jeune homme, à qui elle a refusé la main de l’une de ses servantes quelques temps plus tôt. Il est forcément responsable de ses malheurs. Jón Leifsson, c’est son nom, est arrêté. Il passe aux aveux. Oui, il a bien usé de sorcellerie, guidé par les enseignements de Erlendur de Strandir. Jón est brûlé. Tout comme Erlendur.

Mais cela ne guérit pas longtemps Helga. 5 ans plus tard, la maladie revient. Cette fois, deux de ses fils sont touchés également. Deux hommes sont à nouveau accusés et brulés : Magnús Bjarnasson et Lassi Diðriksson.

1678, Helga est à nouveau alitée, et envoie deux nouvelles personnes au bûcher : Jón Helgason, mais surtout sa mère, Þuríður Ólafsdóttir, seule femme à périr brûlée en Islande.

Puis vint le tour des filles d’Helga, elles aussi victimes de maladies chroniques. D’aucuns les accusent plutôt d’alcoolisme. Sveinn Árnason est brûlé à son tour. Il sera le 21ème et dernier Islandais à être condamné au bûcher.




Le miraculé

En 1690, Klemus Bjarnasson est accusé de vol de bois flotté. Imprudent, il lança des menaces contre ses deux accusatrices. Juste après sa condamnation, les deux femmes tombèrent malades et Klemus est accusé de magie.

Alors qu’il était conduit à þingvellir pour son procès, Klemus prononça, en présence de témoin, une formule magique pour protéger le bétail. Cette phrase signa sa condamnation à mort.

Mais la chance tourna. Le Roi décida juste avant son exécution que tous les crimes capitaux devaient être jugés à Copenhague. Sa peine est commuée en prison à vie. Il mourut derrière les barreaux au Danemark un an plus tard.




Une tempête bien peu naturelle

Vers 1800, dans la région du Strandir. Un ouragan s’abat sur les frêles embarcations des pêcheurs. Comme souvent en ce temps là, les vétustes esquifs de bois ne résistent pas à la force des flots.

Ce jour là, deux bateaux coulent, emportant avec eux tout leur équipage. Mais lorsque les débris viennent s’échouer sur la plage voisine, les habitants remarquent d’étranges gravures dans le bois : des runes, accompagnées de la tête d’un lingue (ou julienne).

Le signe d’une malédiction magique, permettant d’invoquer des tempêtes aussi soudaines que violentes.

Un homme appelé Hermann est accusé, jugé, puis banni. Il échappe au bûcher.




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