Septembre 2008, au sud d’Orléans. Championnat du monde de TREC, une discipline équestre. Les éleveurs français d’islandais profitent de l’occasion pour faire la promotion de leurs petits chevaux, robustes, intelligents, calmes et énergiques. Tour de table.
CD : Pourquoi l’islandais ?
Éleveurs : Pour nous, ce sont les meilleurs chevaux. Les seuls à avoir 5 allures. Surtout, ce sont les seuls chevaux à avoir une véritable histoire. La race islandaise a disparu en Europe continentale, pas en Islande, où elle est restée 100% pure depuis l’arrivée des colons au Xe siècle.
CD : Comment commence-t-on à élever l'islandais ?
Éleveurs : La plupart des éleveurs commencent par monter sur un islandais. Ils adorent, et veulent en acheter un, puis deux. Puis ils commencent la reproduction et ne s’arrêtent plus. Pour l’instant, un propriétaire est considéré comme éleveur s’il possède au moins une jument mise à la reproduction. Nous serions donc 52 en France.
Dans les faits, les vrais éleveurs sont moins nombreux, une petite quinzaine. Et nous sommes 5 seulement à avoir plus de 10 poulains par an. Mais un éleveur d’Islandais peut difficilement gagner sa vie s’il n’a pas un revenu à côté. La plupart a donc un double emploi, souvent lié au cheval.
CD : Qu’en est-il de l’élevage en France ?
Éleveurs : Il est encore assez réduit, mais augmente chaque année. À l’heure actuelle, il y a entre 4000 et 5000 chevaux islandais en France, et en moyenne 100 poulains naissent chaque année. C’est peu comparé à l’Allemagne par exemple, qui compte 70.000 islandais. C’est d’ailleurs l’Allemagne qui nous tire vers le haut. La plupart des élevages français sont situés dans l’est de la France, même si maintenant, on en trouve quasiment partout.
CD : Mais la demande existe… ?
Éleveurs : Oui, la demande est plus forte d’année en année. Pour l’instant, bien sûr, ce n’est pas comparable à l’élevage classique, mais une clientèle existe. On a beaucoup de demande, mais pas assez de chevaux pour y répondre.
Les gens veulent surtout des chevaux de loisir, et sont séduits par le tölt. Il existe aussi une petite demande pour le cheval de sport, pour la compétition.
L’élevage a mis beaucoup de temps à se développer, mais désormais, la machine est lancée.
CD : Que recherchent les acheteurs ?
Éleveurs : C’est un cheval parfait pour les enfants. Généralement, les parents l’achètent car il est petit et facile à vivre, et eux aussi peuvent en profiter. Ce sont les parents qui vont s’occuper du cheval, et l’islandais ne demande pas, au départ en tout cas, de grandes connaissances. Il n’a pas besoin d’être préparé ou pansé comme les autres chevaux. Un coup de brosse et au parc !
C’est un cheval spontané, pour le plaisir, avec moins de contraintes.
CD : Et les cavaliers ?
Éleveurs : Les cavaliers apprécient un cheval qui est bien dans sa tête, accessible par de nombreuses personnes. Il peut être au repos de long mois mais sans rien oublier. J’ai acheté un cheval qui avait été monté il y a 10 ans peut-être. Un jour, j’ai tenté, je lui ai mis une selle, et il n’a pas bronché. Comme s’il n’avait jamais arrêté d’être monté. C’est impossible avec une autre race.
CD : Quelles sont ses qualités ?
Éleveurs : L’islandais est très intelligent, très froid dans sa tête, très calme, mais avec beaucoup de tempérament malgré tout. Quand on monte dessus, il a un vrai feu, un vrai tempérament, mais il reste calme, réfléchi. On peut mettre des enfants dessus, ou des cavaliers qui n’ont pas un bon niveau, il le sentira et restera tranquille.
Il est d’ailleurs énormément utilisé en hypothérapie, notamment pour les handicapés. Il sent intuitivement qu’avec ces cavaliers-là, il doit faire très attention. Il est très utilisé pour ces thérapies car il est particulièrement adapté.
CD : Est-il bien accepté par les autres races ?
Éleveurs :
Il fait peur aux grands chevaux, notamment lorsqu’il tölte : le cheval islandais fait beaucoup de bruit avec ses sabots. Lui-même n’est pas vraiment stimulé lorsqu’il est entouré de grands chevaux, il peine à garder le rythme. Alors que les islandais adorent se retrouver ensemble, ils se stimulent les uns les autres.
CD : Qu’en est-il de l’islandais de sport, pour la compétition ?
Éleveurs : Il existe une seule compétition officielle en France spécifique cheval islandais de sport. Mais depuis 3 ans, une autre compétition s’est créée, le challenge loisir, où tous les cavaliers quel que soit leur niveau, peuvent venir. Dans ces compétitions, sport ou loisir, on ne compte que 10 à 15% de cavaliers français.
Le challenge national prend de plus en plus d’ampleur, car il permet aux débutants et aux jeunes chevaux de se rencontrer, de se jauger. Et contrairement à l’épreuve de sport, les cavaliers montent l’ensemble de la compétition et ne sont pas éliminés après une ou deux épreuves. C’est parfait pour acquérir de l’expérience. Tout le monde a droit à sa finale.
CD : Quelles sont les épreuves de sport ?
Éleveurs : Ce n’est pas comme une compétition équestre classique. Elle comporte 4 épreuves :
- L’épreuve de tölt, pour juger la vitesse, la qualité, la régularité et la beauté du mouvement
- Le concours 4 allure, pas, trot, galop, tölt
- Le concours 5 allures, avec l’amble en plus
- Les courses d’amble, de la vitesse pure, dont la distance varie en 150 et 250 mètres.
CD : Les Islandais peuvent-ils participer à d’autres concours, notamment l’endurance ?
Éleveurs : Il est très difficile à un islandais de faire une compétition d’endurance. Son taux de globule rouge est différent des autres races. Ils sont donc essoufflés plus vite que les autres. Ils peuvent réussir sur des courtes ou au contraire sur des très longues distances, des courses plus proche du raid, qui peuvent durer plusieurs jours.
En Islande, ils tiennent la distance sans problème lorsqu’ils sont montés, notamment pour les randonnées à cheval. Et si le cavalier a besoin d’une vitesse plus soutenue, il peut toujours changer de cheval en utilisant un de ceux en liberté.
Ont participé à cette table ronde
Martin Dischinger et Sophie Cléments, élevage du Schlossmatt
Bernat et Maïthé Poisot, haras de la Guillerie
Cécilie Rondreux, l’islandais de Kveik
Damien Lubrez, élevage de la Bretonnière
Pascale Kugler, élevage du Langeren
Jean-Paul Hansberyer
Cécile Brullard, les Islandais de l’Albe, équitation adaptée pour les personnes handicapées
Barbara Bordy, écurie des sources