L'art islandais



L'Islande, mondialement connue pour ses paysages et son paradis pour géologues, n'est pas en reste artistiquement parlant. Loin des sagas légendaires, les artistes contemporains islandais font leur entrée remarquée, depuis plusieurs années, dans le monde de l'art. Ils sont notamment très ancrés dans les galeries et musées français.

Hrafnkell Sigurðsson

Ce photographe est né à Reykjavík en 1963. Il y vit toujours actuellement. Cet anti-romantique travaille sur la beauté de l'ignoble. Pas de beaux paysages islandais pour lui, mais la mise en avant des déchetteries islandaises. Dans tous les cas, il ne traitera jamais le premier dissocié du second.

Il confronte la nature à la culture, cette difficile cohabitation qui mène souvent à des aberrations. Le thème du gaspillage est récurrent dans son œuvre. Une dénonciation de la surconsommation et une désacralisation de la nature.

Ragna St.-Ingadóttir

Ragna St.-Ingadóttir est née à Reykjavík en 1953. Elle a vécu en Italie et vit aujourd'hui à Paris.

Ces voyages et l'ancrage des paysages islandais se ressentent dans son œuvre. Malgré l'éloignement de son pays, l'artiste a gardé dans ses œuvres la pureté et la sensualité qui se dégagent de l'île.

Certaines de ses œuvres mettent en avant le corps dans sa substance, le corps originel, mis en confrontation avec le corps socialisé, régi par des règles.

L'ensemble de son œuvre joue d'ailleurs sur les dualités : mobilité-inertie, chaud-froid, réalité-rêve.

Exprimant ces oppositions et la duplicité de ses déplacements, l'artiste touche à divers supports : sculpture, installations, peinture, dessin, photographie.

Hreinn Friðfinnsson

Le fonds national d'art contemporain a commandé une œuvre à cet artiste pour le parc de sculptures du domaine de Kerguéhennec, à Bignan en Bretagne.

L'œuvre, nommée Second House, est une petite maison construite par l'artiste à base de métal, de verre, de bois et autres divers objets.

Elle n'est évidemment pas sans rappeler la simplicité des maisons islandaises isolées.

L'artiste explique : "Pendant l'été 1974, une petite maison fut construite dans une zone inhabitée d'Islande d'où l'on ne peut voir aucun objet fait de main d'homme. Cette maison, dont l'intérieur est l'extérieur, héberge le monde entier, sauf elle. [...] La maison de Kerguéhennec est d'une certaine façon l'inverse de celle de 1974. Elle n'est pas de celles où l'on peut entrer, mais l'intérieur est visible à travers les fenêtres et les vitres de la porte d'entrée."

Hreinn Friðfinnsson est né à Baer Dölum en 1943. Il vit à Amsterdam. Il s'est d'abord illustré par la photographie pendant de nombreuses années pour l'abandonner au profit du matériau, du concret, du toucher. Le but : privilégier l'idée au visuel. L'artiste cherche à créer un lien entre l'œuvre (matériau, forme, couleur) et le spectateur, un lien unique pour chacun d'eux et totalement subjectif.



Erró



Guðmundur Guðmundsson est né à Ólafsvik (nord-ouest de l'Islande) en 1932. Après des études d'arts à Reykjavík et Oslo, il part pour Ravenne et Florence, où il reprend l'atelier de son ami Botero. Aujourdhui, ce peintre vit et travaille à Paris, Bangkok et en Espagne.

Son nom d'artiste originel, Ferró, lui valut deux procès en France. Un artiste portant déjà ce pseudo. Il opta donc pour Erró.

Sa première exposition eut lieu à Milan en 1956. Il y rencontra Alain Jouffroy, Matta et Jean-Jacques Lebel. Un premier pas vers sa rencontre avec les surréalistes qui débouchera en 1958 sur une rencontre avec André Breton. Le mouvement l'initie à d'autres techniques, telles que le collage. Il va créer des assemblages d'images récupérées qu'il transposera sur la toile à main levée. En 1963, il rencontre à New York, les artistes du Pop Art, comme Warhol.

Ses peintures sont une dénonciation de la société de consommation, de la culture de masse, mais aussi des systèmes d'oppression dans le monde. Ainsi, une de ses séries illustre des femmes orientales voilées, dénudant leurs seins. Provocation. Dénonciation.

Ces œuvres sont excessivement et vivement colorées, saturées d'images, jouant sur les contrastes et l'accumulation. Chaque toile est un choc visuel. Il utilise et exploite l'iconographie de la culture populaire : bandes dessinées, photos de presse, catalogue de vente, images de propagande, chefs d'œuvres de la peinture occidentale, publicité, etc. …

Procédé : durant tous ses voyages et depuis presque un demi siècle, Erró collecte et cumule des images. Ces images sont sa source d'inspiration. Il les manipule, avec humour, angoisse ou violence, en dénonçant les aberrations de notre société : la surconsommation dirigée, l'érotisme mercantile, l'américanisation de la société, etc.

"Je suis toujours à l'affût d'images, de documentation, de revues, de catalogues et dictionnaires illustrés. J'ai besoin de matériel efficace et, au cours de mes voyages, je fouille partout chez les soldeurs de livres, dans les kiosques. J'accumule une quantité énorme de matériel, et lorsque j'ai réuni beaucoup d'images se rapportant à un thème, c'est signe de commencer une série. Le processus consiste ensuite à sélectionner les images, à les "marier" ensemble pour en faire des collages, puis des tableaux. Avec un bon stock d'images, je peux avoir de quoi travailler pendant un ou deux ans."

Ce travail de récupération et de mise en scène provocante d'images l'amène à participer à l'exposition sur la figuration narrative en 1965. Il participe à l'exposition du même nom en 2008 aux Galeries nationales du Grand Palais.

Certaines de ses œuvres insèrent des personnages bien connus, que ce soit des héros de BD, des célébrités ou des personnages de toiles d'artistes tels que Picasso, Ingres ou Delacroix.

Il participe à de nombreuses expositions et rétrospectives : Reykjavík, Japon, Venise, Paris, en restant toujours fidèle à son style mis en place au début des années soixante.

En 2001, la collection Erró du musée de Reykjavík est présentée au public dans son nouveau cadre à Hafnbarhúsið (Reykjavík Art Museum).


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Sources



Hrafnkell Sigurðsson

Ragna St.-Ingadóttir

Ragna St.-Ingadóttir

Hreinn Friðfinnsson

Biographie d'Erró

Erró, 50 ans de collage, Centre Pompidou, 2010.

Toutes les sources du site Toute l'Islande ici.


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