La littérature tient une place de choix dans la société islandaise. Et aujourd’hui plus que jamais. Depuis la disparition de Halldór Laxness, l’Islande peine à se trouver un nouveau grand nom, connu sur la scène internationale. Mais les choses commencent à changer avec l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs, Arnaldur Indriðason en étant bien entendu le fer de lance.
Le polar à l'islandaise
En effet, la littérature islandaise est très orientée "polar" depuis une petite dizaine d’années. Derrière l’inévitable Arnaldur Indriðason, de nombreux auteurs font petit à petit leur place dans les rayons des librairies. Un homme surtout fait l’unanimité : Árni Þorarinsson. Il est considéré comme l’héritier direct de Arnaldur Indriðason, et pourtant, Þorarinsson est son aîné de 11 ans. Mais Indriðason lui a ouvert la voix. Leurs parcours se ressemblent. Les deux sont natifs de Reykjavík, et ont grandi dans l’Islande émergente. Et tout comme son cadet, Þorarinsson est au départ journaliste, est passionné de cinéma, et a même organisé le Festival de Cinéma de Reykjavík de 1989 à 1991.
Il écrit son premier roman presque par hasard. Nóttin hefur þúsund augu (La nuit à des centaines d’yeux). Suivent 3 autres romans, dont le dernier Timi nornarinnar, "le temps de la sorcière", est le premier a avoir été traduit.
Le héro est récurrent. Il s’appelle Einar et est journaliste. Au fil de ses investigations, il mène finalement de véritables enquêtes à l’ancienne pour trouver les réponses que ne trouve pas la police.
Mais plus que les personnages et l’intrigue, finalement très classiques, Þorarinsson se décale en dressant un portrait acerbe et sans concession de l’Islande contemporaine. Il montre un petit pays dépassé par le capitalisme, où l’argent est plus important que la préservation de la nature, et où les problèmes de société, (racisme, clivage entre pauvres et riches), est présent comme dans n’importe quel autre pays développé.
Aujourd’hui, le polar est le genre le plus vendu en Islande. Et le plus exporté. Le polar à l’islandaise est désormais reconnu comme l’un des meilleurs du monde.
Le fantastique à fleur de page
Réminiscence des sagas, des þættir, et de la mythologie nordique, le surnaturel est également l’un des thèmes récurrent de la nouvelle littérature islandaise. La Saga de Gunnlöd de Svava Jakobsdóttir en est l’exemple pertinent. Une jeune islandaise se prend pour la réincarnation de la gardienne de l’élixir de poésie de Óðin. Parallèle frappant entre la société islandaise contemporaine et moderne, et les temps anciens où la magie dominait encore la vie courante.

Laxness a lui même usé du fantastique au fil de ses récits, notamment dans La cloche d’Islande, et La Saga des frères jurés.
Guðrun Eva Minervudóttir a, elle, écrit une série de petites nouvelles, où le fantastique se mêle à la vie quotidienne très naturellement. Et finalement, l’Islande d’aujourd’hui, c’est ça aussi. Les islandais n’ont-ils pas détournés une route pour ne pas déranger les elfes ?
La vie de tous les jours
À quoi ressemble la vie d’un citoyen islandais lambda ? Les idées reçues sont tellement tenaces : les islandais ressemblent à Gandalf du Seigneur des anneaux, sont en short par –10, hé oui, il fait très froid là-bas, et sont distants bien entendu, car les gens du nord ne sont pas sociables. La liste pourrait être longue. Pour comprendre, pour savoir, il faut lire.
"101 Reykjavík" est à ce titre le plus célèbre des livres islandais. Correction, "101 Reykjavík" est sans doute le plus célèbre des films islandais. Peu de personnes savent qu’il est tiré d’un livre décrivant la vie quotidienne d’un jeune de Reykjavík, et ses problèmes : le travail, la vie amoureuse, la drogue, la famille.
Einar Már Guðmundsson, lui, nous met dans la peau d’un jeune garçon un peu perturbé, dans "les Chevaliers de l’escalier rond". Reykjavík, les années 50, le début de l’urbanisation à outrance, les rares traces de traditions tentent tant bien que mal de résister, comme ce vieux qui vit encore dans sa maison traditionnelle en toit de tourbe, cernée par les tours de béton. La vision un peu naïve du jeune héros, Johann, nous présente de façon très épurée cette première génération de l’indépendance.
Les débuts timides du capitalisme sont eux décrits dans "La cathédrale des Trolls". L’histoire d’un grand architecte de Reykjavík, qui a force de ténacité va donner vie à son rêve : le premier centre commercial d’Islande. Et ce, malgré les réticences des anciens, ceux là même qui ont manifesté contre l’implantation du téléphone des années auparavant.
Chaque mois, la littérature islandaise s’exporte. La France a découvert ce vivier, et désormais, les auteurs du nord ne sont plus ignorés et inconnus. L’écrit à l’islandaise a enfin retrouvé sa place, comme du temps des sagas.