Laxness, prix nobel islandais

Un mythe islandais. Une légende même. Nous sommes bien loin des trolls, elfes, ou Dieux Ases. Halldór Laxness est juste humain. Un écrivain, devenu immortel par ses écrits.

Fils de paysan, Halldór, né en 1902, grandit dans la ferme familiale, à Laxness, près de Reykjavík. Son père lui enseigne le violon, et il hésite un moment à embrasser la carrière de musicien professionnel. Amoureux de l’écriture, il publie de nombreux articles dans le journal Morgunblaðið dès 14 ans et son premier livre à 17 ans. Mais Laxness en revanche n’aime pas l’école. Il abandonne ses études sans passer son bac. Il décide alors de parcourir le monde. Sa famille est riche, il n’a pas encore 20 ans qu’il part en Europe, puis aux Etats-Unis, où il essaye de faire sa place à Hollywood.

De retour au pays, Laxness se convertit au catholicisme. Il se choisit le nom Kiljan d’après un saint irlandais, puis part dans le monastère St-Maurice de Clervaux au Luxembourg. Laxness veut alors devenir prêtre. Mais après un passage à Londres, Lourdes et Rome, il écrit Vefarinn mikli frá Kasmír (1927, Le Grand Tisserand de Cachemire). Un livre qui marque sa rupture avec le monde catholique.

Laxness conserve par contre un grand intérêt pour le socialisme. Un intérêt renforcé par un séjour aux Etats-Unis. Il y rencontre Upton Sinclair qui l’initie à la littérature engagée.

Dans les années 30 et 40, Laxness se marie et profite d’une bourse d’Etat pour écrire. Il va alors faire de nombreux voyages en URSS et écrire de nombreux livres prônant la puissance de la classe ouvrière, et notamment Salka Valka, qui le révèle au grand public (1931), et le réconcilie avec ses lecteurs islandais.

En 1935 paraît Gens Indépendants (Sjálfstaett fólk), l’histoire de la lutte d’un paysan pour gagner son indépendance, son "auto-suffisance". Laxness atteint là l’apogée de son art.

La consécration arrive en 1955. Il obtient le prix Nobel de Littérature pour sa trilogie La cloche d’Islande (Íslandsklukkan), une œuvre splendide sur l’Islande du XVIIème siècle : une apologie de la résistance islandaise à l’oppression danoise, d’autant plus forte que Laxness l’écrit au moment même où l’Islande négocie son indépendance. Laxness reprend également des traits de style des anciennes sagas : phrases courtes, répliques taillées et incisives. Le tout contribue à un succès national et international.

En 1956, c’est la rupture avec le communisme après le XXème congrès du Parti Communiste à Moscou. Il tourne le dos au communisme. Laxness va alors recentrer ses livres sur le taoïsme et le retour aux sources de la littérature islandaise, sans jamais perdre ses traits d’humour distillés au fil des pages.

Au total, Halldór Laxness a écrit une soixantaine de romans. Il meurt en 1998, âgé de 94 ans. Atteint par la maladie d’Alzheimer, il n’avait plus écrit depuis plus de 10 ans.


La cloche d'Islande

1944, l’Islande est sur le point d’obtenir son indépendance. Laxness publie la trilogie Íslandsklukkan, La cloche d’Islande : le destin de Jón Hreggviðsson, présumé assassin de l’envoyé du Roi. Ce même envoyé qui, quelques jours plus tôt, a fait fondre la cloche de Þingvellir, symbole national de l’indépendance Islandaise. Autour de Jón le vengeur gravitent plusieurs personnages, notamment Arnas Arnaeus, qui n’est autre qu’Árni Magnússon, l’un des héros de l’histoire islandaise : il compila toute sa vie des vieux manuscrits de sagas dans sa bibliothèque danoise, et permit leur sauvegarde et leur copie.

Laxness en profite pour montrer au monde un visage encore inédit de l’Islande : le visage d’une nation dont les textes anciens font la richesse et la renommée. À l’époque de Arnas/Árni, l’Islande était considérée comme le tiers monde, surtout par les danois. Arnas Arnaeus bat la campagne, de ferme en ferme, pour trouver des bouts de vélins sur lesquels se trouvent inscrites les vieilles sagas. Des chiffons, guère plus, qui valent de l’or, car ils prouvent que le peuple islandais est capable d’être grand.

Laxness dresse également un tableau de la misère de l’Islande opprimée : des hommes condamnés à mort pour avoir volé un bout de corde, des familles affamées à cause du blocus danois, des mendiants sur les routes, tandis qu’au Danemark, le royaume se désintéresse de leur sort, et cherche à vendre l’île au plus offrant.


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