Le Malleus Maleficarum : un texte allemand écrit à la fin du XVème siècle. Ou comment reconnaître les sorcières, et comment les juger. Sa publication, cumulée à la promulgation deux ans plus tôt de la bulle papale "Summis Desiderantis" (Innocent VIII, 1484), marque le début de la chasse aux sorcières en Europe.
La France, l’Allemagne et la Suisse sont les pays les plus touchés par cette vague anti sorcellerie. Rapidement, la chasse s’étend, et finit par atteindre l’Islande, un siècle plus tard. Ici, point de sorcières, mais bien des sorciers. Les condamnés sont tous des hommes, à une exception près.
Au début du XVIIème siècle, l’Islande a terminé sa conversion. Sous l’impulsion danoise, l’île est désormais luthérienne. Une religion aux dogmes sévères : l’Homme est par nature mauvais, et il doit passer sa vie à expier ses pêchés.
Mais les temps sont durs pour le peuple : extrême pauvreté, famine, catastrophes naturelles. Les Islandais sont au cœur de "la longue nuit". Et confrontés à la réalité de leur difficile vie, certains sont prêts à tout pour améliorer leur ordinaire. La sorcellerie entre alors en jeu, à coup de sortilèges, de runes, et pour la magie la plus noire, d’appel au Diable et de nécromancie. La plupart du temps, les Islandais cherchent juste à se protéger. Du feu, de la maladie ou des voleurs. Parfois, ils cherchent à gagner plus d’argent. Mais certains furent condamnés pour des faits plus graves : ils auraient provoqué des tempêtes, des maladies graves, ou même la mort.
Un temps tolérées, ces pratiques pourtant traditionnelles vont être interdites en Islande par l’Église luthérienne. Dès le milieu du XVIème siècle, les pasteurs vont organiser les premiers procès pour faits de sorcellerie. Le plus ancien remonte à 1554 : un prêtre de Eyjafjörður est accusé d’avoir violé sa belle-sœur avec l’aide de la magie. Il est condamné pour le viol à une forte amende. La possession de grimoire lui aurait valu d’avoir la main droite tranchée, si le roi Danois Christian III ne l’avait pas gracié.
Il faut cependant attendre le XVIIème siècle pour voir se multiplier les procès aux issues parfois tragiques. Il n’est pas possible de parler de chasse aux sorcières à proprement parler, car le nombre de cas reste réduit. Toutefois, en tout, 170 personnes furent jugées pour sorcellerie, 21 y perdirent la vie.
Le premier buché est dressé en 1652, pour Jón Rögnvaldsson, déclaré coupable d’avoir réveillé un mort pour porter malheur à son ennemi. Le dernier, 21 ans plus tard : Svein Árnason est accusé d’avoir provoqué la maladie de deux femmes.
Parfois, les procès sont vite expédiés, et les buchers rapidement enflammés. Certains sont toutefois jugés à Þingvellir. Mais devant la recrudescence des condamnations à mort dans l’île, le Roi du Danemark, Christian V, décide en 1690 que tous les crimes capitaux doivent désormais être jugés au Danemark. Cela sonne la fin de la "chasse aux sorcières" en Islande. Plus aucun Islandais ne sera dès lors condamné au bûcher.
Les fjords de l’ouest
Les fjords de l’ouest, en particulier la région du Strandir, rassemblent la majorité des faits de sorcellerie. Un simple coup d’œil à une carte les recensant suffit pour s’en assurer. Il est difficile de trouver une explication à cette singularité, même si quelques indices existent :
Le Strandir est une région isolée géographiquement parlant. Pour les historiens, cet isolement aurait permis aux pratiques païennes de subsister plus longtemps que dans les autres parties du pays.
Fait notable : une seule et même famille, descendante du grand Egill Skallagrimsson, est sur-représentée dans les procès pour sorcellerie de la région, que ce soit en tant qu’accusateur, juré ou accusé. Cette famille importa notamment dans les fjords de l’ouest la traduction du Malleus Maleficarum. Beaucoup de membres partirent également étudier à l’étranger, et notamment au Danemark et en Allemagne où ils étaient au contact des chasses aux sorcières. Leur influence a donc pu jouer un rôle majeur dans cette région.