En tête-à-tête avec...
Marc Védrines


Interview du 14 octobre 2009

Propos recueillis par Claudine Despax et Aurore Guilhamet

L’Islande. Le XVIIème siècle. Le froid. La faim. La magie. "Islandia". Pour son auteur, une aventure de "sorcellerie historico-fantastique". Marc Védrines, révélé au grand public par la série Phenomenum, nous plonge dans une Islande méconnue. Presque taboue. Cette Islande de la période noire, entre extrême pauvreté, dictat danois et catastrophes naturelles. Une Islande naturellement teintée de rites païens, pourtant interdits après la Réforme. Une Islande qui prend vie, sous la plume et le pinceau de Marc Védrines.



Comment êtes-vous venus à la BD ?

Marc Védrines : C’est quelque chose qui me reste de l’enfance. Tous les enfants dessinent, et un jour, sans savoir pourquoi, la plupart s’arrête. Les dessinateurs de BD, eux, ne s’arrêtent pas. Et puis, j’ai cette volonté, outre le dessin, de raconter des histoires. A vrai dire, je suis plus un conteur qu’autre chose. Le dessin, c’est le medium, mais mon métier, c’est avant tout d’être conteur d’histoire.

Comment passe-t-on de la passion à la publication ?

Marc Védrines : J’ai eu la chance de ne pas trop galérer au départ. Je crois que je n’ai eu qu’un seul projet refusé, avant d’être publié. Et j’ai démarré avec quelque chose qui s’est tout de suite fait remarquer, la série Phenomenum*. Puis j’ai proposé à Dargaud mon projet pour Islandia. Je pense qu’ils l’ont aimé. C’est un sujet qui n’avait jamais été traité avant.

Justement, le thème de cette série est bien particulier. Comment en avez vous eu l’idée ?

Marc Védrines : J’ai voyagé dans les fjords de l’ouest, et je me suis arrêté au musée de Hólmavík, un musée sur la magie en Islande. Et là, l’idée a germé. J’y suis retourné un an plus tard, pour parler au fondateur du musée, Sigurður Átlason, dit Siggi. Puis j’ai commencé l’écriture.

Comment avez vous trouvé les informations dont vous aviez besoin ?

Marc Védrines : Ma belle mère, une islandaise, avait accès aux bibliothèques. Elle m’apportait des photocopies de textes et de gravures anciennes. J’ai essayé d’être aussi proche de la réalité que possible par rapport à ces informations. Au total, le travail s’est étalé sur 2 ans.

Aviez-vous le scénario en tête avant de commencer le dessin ?

Marc Védrines : Oui. Et je pense que cela se sent quand on lit la BD : il y a beaucoup de questions qui s’ouvrent et au fur et à mesure des albums. Mais je donne toujours les réponses plus tard dans le récit. Il y a quelques micro improvisations, mais la structure de A à Z est faite. A moins d’avoir un talent extraordinaire, et savoir retomber sur ses pattes, le métier de scénariste est de savoir balader son lecteur, lui donner de fausses pistes et on ne peut le faire qu’à condition de savoir où on va. En fait, j’ai commencé par la fin. Je savais déjà comment cela allait se finir. La structure précise des 3 tomes était là.

Les trois tomes sont donc tous liés ?

Marc Védrines : J’ai pensé cette série comme une pièce en trois actes : une introduction, un récit qui se développe et une conclusion. Chaque tome se termine par ce que l’on appelle un cliffhanger, un suspense qui donne envie de lire la suite. Mais le travail de l’auteur de BD, c’et aussi de faire une mini structure à la page. Il faut que le lecteur soit immergé et qu’il ait envie de tourner la page. Si je réussis à faire ça, c’est gagné. Si je l’amène dans mon univers et qu’il n’a pas envie de lâcher l’album, j’ai fait ce qu’il faut.

Justement, l’univers de cette BD, ce sont ces personnages très marqués physiquement…

Marc Védrines : C’est important dans un récit d’avoir des personnages suffisamment particuliers pour qu’on puisse les reconnaître immédiatement : par l’allure, leur costume, leur physionomie. Par leur visage. C’est donc, avant tout, pour servir le récit.

Mais je voulais aussi montrer à travers les corps, le côté dur de la vie : ils sont assez burinés, les gens ne sont pas ‘bonhomme’. Ils n’avaient pas grand chose à manger. Je devais retranscrire tout cela dans le dessin, avec des visages marqués par le froid, par la faim, par la dureté. Je ne sais pas comment ils pouvaient vivre en Islande a cette époque-là, Et c’est là que la magie prend de l’importance, car c’était l’une des rares possibilités pour eux d’améliorer leur ordinaire.

Comment avez-vous reflété cet univers très magique au fil des tomes ?

Marc Védrines : J’ai fait beaucoup de recherches, mais beaucoup de choses se sont perdues. J’ai donc essayé de coller au plus près, avec le tilberi, le nabruk, des choses connues. La moitié, voire le tiers, de ce dont je parle sont des choses existantes. Mais en fait, de nombreux signes magiques ont disparu. C’est ma plage de liberté. J’invente ce qui est perdu.

Vous même aujourd’hui, croyez-vous en cette forme de magie ?

Marc Védrines : La magie… J’aime bien la raconter. Mais de là à y croire... Disons que je ne l’ai pas expérimenté.


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Islandia

3 tomes, Dargaud, 2008

Le XVIIème siècle. Jacques est le fils d’un pécheur français. Appelé par l’Islande, il embarque sur le bateau de son père, et se retrouve seul au milieu de la froide nuit islandaise. Commence alors pour lui un voyage au cœur des secrets les plus sombres de l’île du nord.

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