Vous êtes peut-être comme nous, vous ne comprenez rien à la crise financière. Vous entendez dans les médias que la bourse chute, les marchés tombent, les banques sont en faillite et les états prêtent des sommes astronomiques. Vous entendez aussi surement que le pays qui souffre le plus de la crise est l’Islande. Le pays serait au bord de la faillite. Pourquoi ? Comment le pays le plus riche d’Europe peut-il être en faillite ? Quelle peut-être l’issue ? Essayons de comprendre.
Tentative d'explications
La crise financière a été provoquée par les sub-primes aux états-Unis d’Amérique. Les banques ont prêté, prêté, prêté et personne n’a pu les rembourser. Conséquence directe : ces prêts perdent de leur valeur.
En parallèle, des organismes de prêts américains proposent des crédits à la consommation en prenant les biens immobiliers des particuliers en hypothèque. Mais effrayés par la baisse des prix de l'immobilier, ces organismes de prêt réclament l'argent aux familles, qui ne peuvent évidemment pas rembourser. La valeur de ces prêts diminuent donc logiquement.
Le problème est que ces prêts immobiliers sont des produits côtés en bourse. Des sociétés de fonds d'investissement ont racheté les titres boursiers sans prévoir que ces titres chuteraient si lourdement. Avec la dévaluation des biens immobiliers et des prêts, les fonds d'investissement ont cherché à vendre au plus vite. Malheureusement : aucun acheteur, sinon à très bas prix. Pour compenser la trésorerie, ces fonds vendent à tout-va leurs autres titres boursiers. Conséquence : les titres boursiers baissent et certaines banques se retrouvent d'un seul coup avec beaucoup beaucoup moins d'argent.
Ces banques empruntent donc à d'autres banques : c'est le marché interbancaire. Mais les banques se méfient les unes des autres et hésitent à prêter. Du coup, de plus en plus de banques ont des problèmes de trésorerie. Pour tenter de préserver le système financier et éviter le crash, les banques centrales prêtent de l'argent aux banques en difficulté.
La crise en Islande
L’Islande, du fait de sa croissance extraordinaire, était le paradis des investisseurs. Le système bancaire et financier de l’Islande joue un très grand rôle dans l’économie du pays. Peut-être trop grand, puisque si le système financier s’écroule, toute l’économie du pays est très gravement compromise.
La filiale de la banque Landsbanki, Icesave, banque sur Internet, comptait plus de clients anglais que d'habitants en Islande. Malheureusement, elle a subi de plein fouet la crise et, après sa nationalisation, a dû geler les comptes de tous ses clients, qu’ils soient particuliers ou collectivités. À titre d’exemple, le métro londonien était client de Icesave. Ces investisseurs anglais ont beaucoup perdu à ce jeu d’argent.
Sur fonds de vieille querelle islando-britannique, le premier ministre Gordon Brown a décidé d’intenter un procès contre les autorités islandaises. La crise financière devient crise diplomatique. Le but : récupérer l’argent investi en Islande. Pour se faire, le gouvernement anglais se retranche derrière une loi anti-terroriste pour saisir tous les avoirs des banques islandaise dans le Royaume. Pour récupérer leurs biens, les banques devront rendre leur argent aux investisseurs anglais.
Suite à cela, un anglais a ironiquement mis aux enchères l’Islande, sous l’intitulé : "opportunité unique d'acquérir un pays d'Europe du Nord". Mise à prix : 99 pence (environ 1 euro).
Même punition pour le Benelux ayant investi dans la banque islandaise Kaupthing. Les fonds investis par les belges, néerlandais et luxembourgeois ont été gelés.
Fin novembre, les acteurs de la gestion de crise anglais, islandais et néerlandais ont trouvé un accord pour une sortie de crise.
les Islandais en action
Mais au fait, que pensent les Islandais de tout ça ? D’un naturel optimiste, ils savent qu’ils ont les ressources pour faire face à cette crise et rebondir. Mais un autre problème a surgi, et pas des moindres : les Islandais perdent peu à peu confiance en leur gouvernement, représenté par le premier ministre Geir Haarde et le ministre des Finances, Árni Mathiesen. Voilà plusieurs semaines que les Islandais manifestent à Reykjavik en exigeant la démission du gouvernement, mais également celle des dirigeants de la Banque centrale.
Pour les Islandais, rien n’est clair dans la faillite de leur pays. Le 14 octobre, la bourse islandaise a ouvert avec une chute de plus de 75%. Le 15 octobre, le gouvernement annonce une baisse des taux d’intérêt, pour, deux semaines plus tard, retourner sa veste et annoncer une hausse des taux d’intérêt de 6 points.
La baisse devait aider les ménages et entreprises à garder la tête hors de l’eau. Mais le FMI a chaudement recommandé à Geir Haarde cette hausse afin de lutter contre l’inflation et contre la dépréciation de la couronne. Les Islandais ont le sentiment que leur propre gouvernement les abandonne au profit des investisseurs étrangers.
Le gouvernement a nationalisé les principales banques du pays et sollicité l’aide du FMI dans le cadre de leur accord. Ce dernier a octroyé un prêt d’un peu plus de 2 milliards à l’Islande. La Pologne, la Russie et la Chine proposent également leur aide. Plus pour le geste que pour la portée du montant, les îles Féroé, pays voisin et ami, ont également apporté un léger soutien financier. Enfin, suite à la réunion des premiers ministres des pays nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède) à Helsinki, les pays historiquement liés à l’Islande, encouragé par le prêt du FMI devraient rester solidaires du pays.
La monnaie, la couronne, a perdu plus de la moitié de sa valeur suite à la crise mondiale. Les Islandais sont évidemment les premières victimes de cette dépréciation. Ils crient aujourd’hui leur désespoir à ce gouvernement dont ils ne comprennent pas les actes, allant parfois jusqu’à les accuser de corruption. Ils ont tout perdu dans cette crise, et la plupart d’entre eux sont aujourd’hui ruinés.
Quel avenir pour l’Islande ?
Les offres de prêts des pays amis, comme la Norvège, sont toujours en cours de négociations. L’Islande a encore besoin de 4 milliards d’euros pour tenir ces engagements bancaires et sauver son économie. Les banques vont devoir dégeler leurs fonds et relancer leur système bancaire.
Le gouvernement reste optimiste et met en avant les secteurs clés de son économie : la pêche et l’aluminium.
Le prêt de 2 milliards du FMI devrait permettre à l’Islande de relancer son économie : regain de la couronne, accentuation de l’exportation et diminution des importations, etc. La somme octroyée a également pour but de rassurer les investisseurs et de relancer la confiance.
La question de l'adhésion à l'euro se pose et fait toujours débat dans le pays. L'adhésion à l'Euro et donc à l'Europe aurait permis d'éviter la dépréication de la monnaie islandaise : la couronne n'était pas assez forte pour résister à la crise. Mais la question de la pêche fait hésiter plus d'un islandais.
Les artistes s'imposent pour proposer des solutions autres; Einar Mar Gudmundsson débat avec le peuple chaque samedi depuis octobre. Bjork est très active et amène une réflexion plus crétrice face à la crise.
Mais ‘Reykjavik’ ne s’est pas faite en un jour, et l’Islande risque de mettre du temps à se remettre de cette crise financière.
Sources
- Thomas Guénolé, diplomé de Sciences Po, article Agora Vox.
- swissinfo.fr