Notre avis sur...
deux ours blancs tués en Islande

Ce mois de juin 2008 marque les esprits islandais. En moins de quinze jours, deux ours blancs furent abattus en terre d’Islande.

Faits rares et tragiques. Les Islandais ont été surpris de ces intrusions et n'ont su réagir autrement que par la violence.

Un gâchis inadmissible pour lequel aucune excuse n'est valable.




Dérivant très certainement sur un pan de glacier détaché, on le sait, dû au réchauffement climatique, l’ours accoste en Islande. Peut-être a-t-il fait une partie de la distance Grœnland-Islande à la nage.

Destin tragique, puisque, sur place, il a tôt fait de se faire tuer. La loi islandaise est claire. Toute intrusion d’ours blanc sur le territoire, avec mise en danger de la population, se règle par le meurtre de celui-ci. Même si l’ours banc est une espèce protégée en Islande. Décision difficile pour les Islandais, déjà montrés du doigt par la communauté internationale pour la chasse à la baleine.

Ainsi, quand le deuxième ours débarque deux semaines plus tard, juste le temps de le montrer en une des journaux, le temps de faire venir un vétérinaire danois pour tenter d’anesthésier la bête et… quelques balles réelles dans le corps. M. Stefansson, chef de la police islandaise, prend la décision de l’abattre. Une espèce en grave voie d’extinction vient de perdre deux de ses membres. Personne ne réalise vraiment ce que cela implique.



L’Islandais, comme l’être humain, a peur. Peur de ce qu’il ne maitrise pas, peur de la mort.

Ainsi quand un simple ours polaire empiète sur des terres islandaises, que se passe-t-il ?

Petit rappel : l’ours polaire est un des symboles de la maltraitance des hommes sur la nature. Il est en voie d’extinction. En fait, il est condamné. Il meurt. La Terre va perdre un de ses joyaux. La beauté, la force, la puissance, la suprématie, … De quoi rendre jaloux un homme. Un homme qui court après ces notions et après l’immortalité depuis qu’il est en âge de penser… Ca fait pas bien longtemps, je vous l’accorde.

L’ours blanc meurt.

Donc tuons-le.

C’est vrai, après tout, qu’est-ce que c’est ? De quoi s’agit-il ici ? D’un gros animal tout blanc apeuré et affamé, victime des erreurs humaines. J’entends par là pollution, surconsommation et indifférence.

Dont tuons-le. Il est très dangereux ce prédateur vorace. Pour la forme et l’opinion publique, qui s’en fout pourtant, faisons comme si on avait essayé de le sauver. Mais quand on tirera sur lui, ce sera des balles tueuses. Et certainement pas un anesthésiant. On fera comme si qu’on n’avait pas pu lui tirer dessus pour l’endormir. Et personne ne se demandera pourquoi on a pu lui tirer dessus pour le tuer.

Grossissons les traits. Il courait ! Ah, c’est pas suffisant ça. Voyons, cherchons dans nos mensonges passés… je veux dire, notre littérature foisonnante. Oui, l’imagination, ça c’est une caractéristique de l’homme. Ca lui sert à oublier sa monstruosité… Alors, le méchant et terrible vilain ours blanc affamé, alors qu’un vétérinaire courageux tentait de l’anesthésier pour le remettre dans son milieu naturel, entouré d’une horde de policiers, se mit tout à coup à courir. À courir en direction d’une pauvre fillette aux cheveux excessivement blonds terminés en boucles, un peu sales, au visage d’ange sali par la poussière tuméfié par une rivière de larmes passées. Cette pauvre fillette, une poupée désarticulée à la main ballante bien entendu, un pouce dans la bouche voit l’horreur de ce méchant et terrible ours blanc courir sur elle, à quelques mètres. Pourquoi la fillette est là ? Ben sinon, y’a pas de justification au meurtre… Vous dîtes ? Elle est fictive ? Oui, c’est vrai, vous avez raison. Mais c’est dans l’éventualité d’une possibilité que peut-être… Enfin, peu importe, je détiens l’arme, celle qui tue, et j’appuie sur la gâchette. L’ours majestueux tombe. À quelques centimètres de la fillette immobile. Sans mon action, il l’aurait sauvagement tuée et mangée. Je suis un héros. Je regarde l’ours. Tu fais moins le malin maintenant hein ?

Et maintenant ?

L’homme a vaincu la vilaine bête dangereuse. Il triomphe et est un sauveur. L’homme-messie. On a déjà entendu ça quelque part non ? Et on en voit toujours les dégâts non ? L’homme a vaincu. Il a tué la beauté, la force et la puissance. Mais, dans sa hâte, il a oublié d’en prendre un peu. De toute façon, à quoi bon ? L’homme ne saurait pas s’en servir.

Le triomphe ? C’est pour le mal. La cruauté. La peur.

L’homme est à l’opposé de la Terre et de sa nature. Il est aussi misérable et pathétique que la nature est belle et majestueuse, il est aussi faible que la nature est forte.

Et nos descendants continueront de vivre avec cette culpabilité qui colle à la peau, et qui nous dit, que nous n’avons rien à faire ici, que nous sommes néfastes.




Aujourd’hui, le ministère de l’environnement islandais a constitué une équipe spéciale, avec outils nécessaires, capables d’anesthésier les futurs ours inquisiteurs pour les ramener dans leur milieu naturel. Comprenez : les Islandais préfèrent les tuer à distance et à petit feu. C’est moins culpabilisant. Et surtout, on y pense moins. En tout cas, le problème ne les concerne plus. Il est aux mains de l'humanité.

Peut-être à raison finalement. Pourquoi blamer les Islandais quand ils nous devancent tous en matière d'écologie ? Nous les avons condamner pour ces meurtres mais nous avons oublié, dans notre précipitation à nous déresponsabiliser de ces problèmes, que nous étions les premiers assassins des ours blancs.



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