Si vous demandez aujourd'hui à quiconque de donner un mot représentant l'Islande, 9 fois sur 10, la réponse sera "volcan". Actualité oblige, l'Eyjafjöll est entré en éruption en février 2010 et a grandement perturbé l'espace aérien.
Mais l'Eyjafjöll n'est qu'un volcan parmi d'autres en Islande. Certains sont bien plus connus mais aussi bien plus destructeurs, le Laki, le Katla ou encore l'Hekla. L'Islande compterait pas moins d'une centaine de volcans et une petite trentaine de systèmes volcaniques.
Rien de plus normal puisque l'Islande se situe très exactement sur la dorsale médio-atlantique. Cette dorsale forme une gigantesque chaîne de volcans sous-marins d'environ 15 000 km. Elle est presque totalement immergée dans l'Océan Atlantique. Seule une partie émerge : l’Islande. La dorsale médio-atlantique est l'équivalent d'une frontière entre les plaques américaine et eurasienne. L'Islande est ainsi partagé entre deux plaques. Et le meilleur endroit pour admirer au grand jour la limite entre les deux plaques est la faille d’une trentaine de kilomètres à Þingvellir.
Á cause de l'écartement de ses deux plaques lithosphériques, les activités sismiques et volcaniques tout le long de la dorsale sont assez intenses. C'est en partie grâce à cette activité qu'est née l'Islande.
Naissance de l'Islande
En s'écartant, les plaques répondent à ce qu'on appelle le phénomène d’accrétion. L’étirement des plaques permettent au manteau terrestre de remonter. Durant son parcours vers la surface de la terre, ce manteau fond partiellement. Le magma ainsi formé s'engouffre dans les fissures. Une partie du magma s'épanche ensuite sous forme de lave et refroidit (au contact de l'eau de l'Océan Atlantique) pour finir par se solidifier. La dorsale ainsi créée dans les profondeurs de l'océan prend une forme montagneuse, très chaotique et entaillée.
L'écartement des plaques eurasienne et américaine serait donc à l'origine de la naissance de l'Islande. Mais cela ne suffit pas à expliquer sa formation. Ce phénomène d'accrétion est en fait accouplé à un autre phénomène géologique : le point chaud. C'est la superposition des deux qui donne à l'Islande sa légitimité géologique.
Le point chaud est un type de volcanisme. Tout le long de la dorsale, les températures diffèrent. Á son extrémité nord, un puissant flux de matière chaude remonte des profondeurs. C'est un panache. Il est la base du point chaud. Et l'Islande est exactement situé au-dessus de ce point chaud. La matière chaude du panache est moins dense que les roches environnantes. Conséquence directe : la matière du point chaud tente de remonter à la surface. Une fois parvenue, la lave perce la roche et jaillit.
C'est ainsi qu'a été façonnée l'Islande, il y a moins de 20 millions d'années.
Surtsey
Illustration parfaite et récente de ce phénomène : Surtsey.
14 novembre 1963. Une nouvelle éruption sous-marine donne naissance à une île, Surtsey, au Sud de l’Islande. Elle est toujours à ce jour, la plus jeune île du monde, à peine plus de 40 ans.
Comme l’Islande en son temps, Surtsey est né de l’alliance d’un point chaud à la dorsale médio-atlantique. L'apparition d'une nouvelle île est si rare que l'UNESCO a classé Surtsey patrimoine mondial de l'humanité.
Surtsey reste inaccessible à la population. Seuls les scientifiques peuvent fouler son sol. L'émergence de cette île va leur permettre de comprendre comment la vie végétale ou animale se répand sur une terre nouvelle.
Retrouvez notre page dédiée à Surstey ainsi que les dessins de sa transformation depuis 1964 jusqu'à 2130.
Laki
1783 : autre date cruciale de l’histoire géologique de l’Islande. Pas d'île émergeante, mais un volcan qui se réveille. Et le plus terrifiant de tous : le Laki.
Et quand le Laki s'active, ce sont 25 km de fissure, 9 mois d’éruption en continu et des dizaines de km3 de lave dispersés sur des centaines de km². Les conséquences sur la vie des Islandais de l'époque sont désastreuses. Peu de bêtes ont survécu à ce déchainement de la nature. Les émissions de gaz et de cendres ont réduit à néant les cultures et asphyxié les cheptels et paysans. Près d’un quart de la population n'a pas survécu à la famine conséquente.
L’éruption a été est si violente et si dramatique qu’elle reste encore aujourd’hui ancrée dans la mémoire des Islandais.
Elle a donné lieu à de nombreuses légendes. La plus connue d'entre elles : le Laki serait à l'origine de la Révolution Française. Légende envoûtante : un nuage de cendres bien plus grave que celui que nous venons de connaître avec l'Eyjafjöll aurait détruit les récoltes françaises. Le peuple, épuisé par la famine, se serait ensuite rebellé contre son roi.
Nous savons aujourd'hui que seule une partie de cette légende est vraie. Le nuage de cendre a bien atteint la France et provoqué de graves dégâts. Mais c'était quelques années avant la Révolution Française. Et Louis XIV, devant l'ampleur de la catastrophe, avait répondu présent et nourri les paysans grâce aux réserves royales.
Vatnajökull
Plus récemment, en 1996, le volcan Grimsvötn est entré en éruption. Aucune victime mais des images extrêmement impressionnantes. L'éruption a duré deux semaines. Les Islandais ont certes été habitués à pire, mais ce volcan possède un signe distinctif particulier : il est enfermé sous le plus grand glacier d'Europe, le Vatnajökull.
C'est ici que la célèbre expression "Islande, pays de glace et de feu" prend tout son sens.
Lorsque le Grimsvötn entama son éruption sub-glacière, il fit fondre la glace du Vatnajökull. Vapeur et cendres furent expulsés à plusieurs milliers de mètres d’altitude. Au sol, la glace fondue se déversa à grands torrents. Des milliers de m3 d'eau créèrent ainsi de larges sillons dans le glacier. Des torrents de boue jaillirent du glacier dans la plaine innondant des km² de terrain. Le débit fut puissant, pouvant atteindre 45 000 m3 par seconde.
Les Islandais appellent ce raz-de-marée jökulhlaup : le "glacier qui court". Le réveil de l’Hekla (Myrdalsjökull) ces dernières années laisse craindre un nouveau jökulhlaup. La ville de Vík est en ligne de mire et sera la première atteinte en cas d’éruption.
Eyjafjallajökull
Ce n'est pas l'éruption de l'Eyjafjöll qui va rassurer les Islandais. Dès les prémices de son activité, tous les regards se sont tournés vers l'Hekla. L'éruption de ce volcan pourrait être une catastrophe bien plus grande pour l'Islande que ne l'a été l'Eyjafjöll pour l'Europe.
L'Europe touchée par les cendres du volcan. Le nuage, démesurément immense et porté par les vents, ont obligé les aéroports à fermer. Des millions d'euros de dommages.
Le nuage a été provoqué par la vapeur constituée par le choc entre la chaleur du volcan et le froid de la glace. Le jökulhlaup conséquent n'a pas fait de victimes.