
Cet homme n’eut qu’un tort : être islandais. Sans l’isolement de son île, et la barrière de la langue, il aurait été considéré, à juste titre, comme le plus grand écrivain des temps médiévaux. Auteur de l’Edda et de sagas, historien, poète, Goði, Snorri Sturluson est sans doute l’homme islandais le plus influent de son temps. Trop influent peut-être, puisqu’il mourut assassiné.
Une vie de Saga
Snorri Sturluson, né en 1178 à Hvammur (ouest), appartient à l’une des familles les plus puissantes du pays, les Sturlungar. Il descend en ligne directe du prestigieux Snorri Le Goði, héros de la Saga du même nom, et homme très respecté en Islande.
Comme beaucoup d’islandais à l’époque, Snorri ne va pas être élevé par ses parents, mais par Jón Loftsson, un grand érudit. Le jeune Snorri va donc grandir à Oddi, à l’époque le plus important centre culturel islandais. À 20 ans, une fois son éducation faite, Snorri se marie avec la riche Herdis, puis part s’installer à Borg, demeure de son illustre ancêtre, le scalde Egill.
L’exil norvégien
Snorri Sturluson est un homme brillant, ambitieux, intelligent. Il s’intéresse à la politique autant qu’à la littérature. Il devient Goði, et même Lögsögumaður (diseur de lois, président du parlement) à deux reprises (1214-1218 et 1222-1226).
Mais Snorri va être la victime des querelles intestines qui déchirent l’Islande. Il est invité en Norvège par le Roi Hákon lui-même qui espère son appui pour s’emparer de l’île. Rattrapé par son ambition personnelle, Snorri n’arrive pas à convaincre ses compatriotes. Rapidement, il se retrouve cerné, entre islandais qui lui reprochent sa trahison, et Hákon furieux de son échec.

Reparti en Norvège en 1237, l’écrivain est alors protégé par le Jarl Skúli, qui essaye de s’emparer du pouvoir. Bravant les ordres de Hákon, il décide toutefois de rentrer au pays. Mal lui en a pris. Hákon se débarrasse finalement de Skúli en 1241, puis ordonne l’assassinat de Snorri Sturluson. Dans la nuit du 23 septembre 1241, Snorri Sturluson meurt, tué chez lui par un homme de main de son gendre.
Un écrivain brillant
La personnalité politique contestée de Snorri contraste avec l’homme de lettre qu’il était. À son actif, au moins 3 chefs-d’œuvre : La "Saga d’Egill, fils de Grimr le Chauve", son ancêtre, l’une des plus belles et plus célèbres sagas islandaise ; "L’Edda en Prose" ; et la "Heimskringla", l’histoire des rois de Norvège, et notamment la Saga de St-Olaf.
Egill, fils de Grimr le chauve
Les Sturlungar sont mal considérés en Islande au XIIIème siècle. Ils possèdent une grande partie du pouvoir en Islande, et représentent une sorte d’aristocratie. Rattacher ce clan à Egill, prestigieux héros, viking, magicien et scalde, pouvait pour Snorri être une manière de légitimer la prise de pouvoir de sa famille.
Egill est né vers 910. C’est un enfant violent, et il n’a pas 15 ans qu’il a déjà tué deux hommes. Sa vie se résume à une succession d’expéditions sanglantes, entrecoupées de pauses en Islande, chez lui à Borg. Une haine farouche l’oppose à Eirikr à la hache sanglante.
Et si un jour, il se trouve à la merci de son ennemi, un poème bien déclamé lui sauve la vie. Egill le scalde. Un fait sans doute inventé de toute pièce.
Mais le fait est qu’Egill est passé à la postérité plus pour ses œuvres que pour ses combats. Il est aujourd’hui considéré comme le plus grand scalde du nord ancien. Snorri s’est directement inspiré des compositions de son illustre ancêtre pour écrire sa saga qui sert d’ailleurs de recueil pour ces textes.
Snorri écrit en puisant dans ses souvenirs, sa culture, ses lectures, ses informateurs. Un véritable patchwork auquel il donne avec talent une structure, bien évidemment subjective.