Il est une chose qui frappe au contact des Islandais : leur proximité. Leur humilité. Et la Présidente de tous les Islandais ne déroge pas à cette règle immuable. Cette femme est entrée dans l’histoire en étant la 1ère démocratiquement élue au monde. C’était il y a 28 ans. En 14 ans au sommet de l’État, elle a rencontré les plus grands. Et aujourd’hui se mêle à la foule en toute discrétion.
Vigdís Finnbogadóttir s’est confiée sur cette crise qui frappe son pays. Touchée, mais optimiste, elle est confiante dans les ressources de ses compatriotes.
Madame la présidente, que ressentez-vous aujourd’hui, lorsque vous voyez l’accueil réservé à l’Islande en France ?
Vigdís Finnbogadóttir : Que ressentiriez-vous si votre pays était célébré ainsi en Islande ? Je suis très fière et très heureuse bien sûr.
L’Islande est représentée dans ce festival tel que nous sommes : un peuple fort, fier, littéraire. Nous avons un peu parlé de nos difficultés actuelles, mais je suis convaincue que nous allons surmonter cela.
Cela me réchauffe le cœur de voir cet accueil, de voir tout ce qui se passe ici : la littérature, les expositions, la musique, les éditeurs, les films. Cela montre à quel point l’Islande, un pays de 330.000 habitants, est capable de créer quelque chose, capable de tenir un vrai rang au niveau de l’art dans le monde.
Cela prouve qu’il existe un vrai lien entre nos deux pays, vous en êtes un parfait exemple puisque vous avez étudié en France et parlez parfaitement le français.
Vigdís Finnbogadóttir : Oui, il y a un lien très fort entre nos deux pays, et beaucoup de similitudes : la célébration de la langue, et de la littérature notamment. Les Français sont préoccupés par la littérature, et comptent sur elle pour sauver leur langue, tout comme les Islandais.
Et ceux qui ont fait leurs études en France, comme moi, ont eu cette formidable expérience de tisser des liens entre notre culture nordique et votre culture latine. C’est une grande satisfaction. Cela nous donne une autre vue sur la vie, comme une vision.
En tant qu’ancienne présidente de la République, comment vivez-vous la crise économique qui secoue votre pays ?
Vigdís Finnbogadóttir : Je vis ces temps difficiles comme une grande tragédie. C’est un drame que je ne comprends pas. Comment trois banques privées peuvent-elles, en s’écroulant, emmener tout le pays dans leur chute ? Nous savions que la couronne n’était pas assez forte, nous aurions dû faire quelque chose, mais nous ne l’avons pas fait.
Nous avons été colonisés pendant des siècles avant de nous libérer. Aujourd’hui, il faut nous libérer à nouveau de cette crise qui nous colonise. Avec notre cœur, avec notre éducation, et avec de la fantaisie, nous allons réussir à nous en sortir. Et tout le monde agit. Björk, par exemple, est très active. Le groupe qu’elle a créé cherche à reconsolider les choses. Nous allons trouver les moyens, en utilisant nos connaissances.
Vous avez été la première femme présidente élue démocratiquement au monde. Et l’Islande a une image d’un pays très en avance sur le droit des femmes. Cette image correspond-elle à la réalité ?
Vigdís Finnbogadóttir : Il ne faut pas se fier aux apparences. L’Islande a des faiblesses. Il est vrai que les Islandaises sont des femmes très fortes, et elles travaillent beaucoup. Elles ont notamment eu accès à l’éducation : 58% des femmes sont allées à l’université. Aujourd’hui, elles sont plus nombreuses que les garçons. Je me soucie d’ailleurs maintenant des garçons qui ne sont pas assez nombreux, je veux que eux aussi fassent des études.
Mais les femmes ne sont pas aussi bien payées que les hommes. Et pourtant, dans deux récents sondages, le peuple islandais a demandé à ce que deux femmes soient nommées à la tête des banques, car elles ne prennent pas autant de risques que les hommes.
Aujourd’hui, quel est le défi de l’Islande ?
Vigdís Finnbogadóttir : Notre défi aujourd’hui, est de surmonter le problème de la crise. Nous sommes à genou, il nous faut nous relever, et demain, je suis sûre que nous serons debout à nouveau. C’est le but. Les Islandais sont assez forts, ont assez d’idées et de formation. C’est leur force. Nous ne sommes pas paresseux, nous sommes travailleurs.
La seule chose que je craigne est que les jeunes quittent le pays à cause du chômage. Mais ils reviendront, à cause de leur attachement à la langue, à la famille, à la culture. Il existe des liens très forts entre le peuple islandais et son pays.
Cet entretien fait partie de notre dossier spécial sur la crise économique en Islande.