Là-bas, dans la bibliothèque de Lotz, j'ai découvert une saga en allemand. La saga d'Erík le Rouge. J'ai adoré. Je ne voulais toujours pas retourner en France, j'ai donc demandé à partir en Islande. J'y suis resté trois ans. Au bout d'un moment, après des passages en Suède et au Danemark, je suis rentré en France. J'avais beaucoup d'enfants qui commençaient à se faire vieux. J'ai donc préféré revenir au pays pour qu'ils puissent avoir des études correctes.
En France, vous avez donc continué à étudier les mondes nordiques ?
J'ai fait une thèse sur l'Islande : sur les sagas, Sturlungar et sur les mythes vikings. J'ai ainsi succédé à Maurice Gravier sur l'embryon des études scandinaves. Cela me fascinait : toutes ces langues, une littérature incroyable. Il y avait un incroyable champ à défricher. J'ai créé un institut de langue scandinave et ai commencé les traductions. Il y avait des gens extraordinaires à faire connaître : j'ai lancé des collections et des filiales de mon institut un peu partout en France.
Mais pourquoi cet attachement particulier à la Scandinavie ?
Je ne peux pas expliquer cet intérêt. C'était un territoire nouveau. Il y avait tant de choses à créer. C'était un terrain de divulgation des connaissances idéal. Et ce sont des gens sympathiques. Ils vous reçoivent, vous aident. Ils ne sont pas habitués que l'on s'intéresse à eux.
Quel est votre rôle dans cette divulgation des connaissances ?
Mon travail de scandinaviste est bipolaire. Je dois vulgariser mon enseignement et faire un travail de démystification, car le français moyen véhicule des idées fixes et fausses. Ce travail a démarré il y a plus d'un demi-siècle, mais il faudra encore beaucoup de temps.
Quelle est la place de l'Islande dans ce monde scandinave ?
Déjà, l'Islande, physiquement, est à part. De plus, les Islandais ne sont pas des scandinaves purs. Ils descendent d'un mélange entre scandinaves et celtes. Un melting-pot souvent à l'origine de civilisations très intéressantes, on a pu le constater en Corse ou en Sardaigne également. Ils ont donc développé une culture particulière, avec une littérature très riche. Dès les temps médiévaux, l'insularité et l'éloignement ont fait de l'Islande un vrai conservatoire des antiquités nordiques, avec les Eddas. Puis, ils se sont spécialisés dans la poésie scaldique et ont créé les Sagas. Ils ont traduit dans leur langue tout ce qui était publié à l'étranger. Ils ont mis au point leur langue, qui est l'équivalent du latin pour les langues romanes, et qui n'a pas bougé depuis 1000 ans.
Depuis leur indépendance, quelle évolution avez-vous pu constater ?