Culture islandaise : inspirations d'Islande


Bateau Fjord Islande

La culture islandaise au sens large. Cela concerne d'abord les arts bien-sûr. Souvent, les Islandais cherchent des solutions artistiques à leurs problèmes, comme ceux que la crise de 2008 a causé. Par la musique, par le cinéma, par tous les arts. Leurs œuvres sont extrêmement riches et souvent inspirés de la nature islandaise. 


L'Islande, c'est aussi des traditions ancrées. Comme le noël, la journée du mouton, la croyance aux elfes. Enfin, la culture, c'est aussi le sport. Les Islandais ne sont pas très connu dans ce domane, mais il y a tout de même des domaines où leur passage marque. 


Ci-dessous, découvrez comment le maître Régis Boyer a découvert la culture islandaise


L'interview de Régis Boyer

Propos recueillis à l'occasion des Boréales de Caen en novembre 2008.


Depuis près de 50 ans, Régis Boyer est LA référence en matière d'Histoire, de littérature et de société scandinave. À un peu plus de 75 ans, cet ancien professeur émérite à la Sorbonne écrit, analyse et traduit. Son domaine d'action reste le monde nordique et germanique dans sa globalité, mais il a ce petit attachement supplémentaire à l'Islande.


Quel est l'élément clé qui vous a fait basculer dans l'étude des mondes nordiques ?


Étudiant, j'ai eu deux agrégations, de philosophie et de lettres. Puis, à 27 ans, j'ai dû combattre lors de la guerre d'Algérie. À mon retour en France, j'ai préféré partir à l'étranger. J'ai demandé à enseigner en Russie, j'ai eu la Pologne, un pays malheureux.

Régis Boyer - Caen 2008

Là-bas, dans la bibliothèque de Lotz, j'ai découvert une saga en allemand. La saga d'Erík le Rouge. J'ai adoré. Je ne voulais toujours pas retourner en France, j'ai donc demandé à partir en Islande. J'y suis resté trois ans. Au bout d'un moment, après des passages en Suède et au Danemark, je suis rentré en France. J'avais beaucoup d'enfants qui commençaient à se faire vieux. J'ai donc préféré revenir au pays pour qu'ils puissent avoir des études correctes.


En France, vous avez donc continué à étudier les mondes nordiques ?


J'ai fait une thèse sur l'Islande : sur les sagas, Sturlungar et sur les mythes vikings. J'ai ainsi succédé à Maurice Gravier sur l'embryon des études scandinaves. Cela me fascinait : toutes ces langues, une littérature incroyable. Il y avait un incroyable champ à défricher. J'ai créé un institut de langue scandinave et ai commencé les traductions. Il y avait des gens extraordinaires à faire connaître : j'ai lancé des collections et des filiales de mon institut un peu partout en France.


Mais pourquoi cet attachement particulier à la Scandinavie ?


Je ne peux pas expliquer cet intérêt. C'était un territoire nouveau. Il y avait tant de choses à créer. C'était un terrain de divulgation des connaissances idéal. Et ce sont des gens sympathiques. Ils vous reçoivent, vous aident. Ils ne sont pas habitués que l'on s'intéresse à eux.


Quel est votre rôle dans cette divulgation des connaissances ?


Mon travail de scandinaviste est bipolaire. Je dois vulgariser mon enseignement et faire un travail de démystification, car le français moyen véhicule des idées fixes et fausses. Ce travail a démarré il y a plus d'un demi-siècle, mais il faudra encore beaucoup de temps.


Quelle est la place de l'Islande dans ce monde scandinave ?


Déjà, l'Islande, physiquement, est à part. De plus, les Islandais ne sont pas des scandinaves purs. Ils descendent d'un mélange entre scandinaves et celtes. Un melting-pot souvent à l'origine de civilisations très intéressantes, on a pu le constater en Corse ou en Sardaigne également. Ils ont donc développé une culture particulière, avec une littérature très riche. Dès les temps médiévaux, l'insularité et l'éloignement ont fait de l'Islande un vrai conservatoire des antiquités nordiques, avec les Eddas. Puis, ils se sont spécialisés dans la poésie scaldique et ont créé les Sagas. Ils ont traduit dans leur langue tout ce qui était publié à l'étranger. Ils ont mis au point leur langue, qui est l'équivalent du latin pour les langues romanes, et qui n'a pas bougé depuis 1000 ans.


Depuis leur indépendance, quelle évolution avez-vous pu constater ? 

Après l'indépendance, il y a eu une explosion phénoménale. Les Islandais se sont américanisés. Avec Éric Boury, nous luttons pour qu'ils continuent à écrire en islandais. Ils se modernisent de façon incroyable. J'ai vécu en Islande de 1960 à 1963. L'an passé, l'Islande était le pays le plus cher du monde, alors qu'en 1960, la couronne ne valait rien. Mais aujourd'hui, ils traversent une crise sans précédent.


Et qu'en est-il de leur héritage culturel ?


Les Danois se sont fait un devoir de piquer les manuscrits qui représentaient la mémoire du nord. Ils se sont fait aider par Árni Magnússon. Tous les manuscrits se trouvaient donc au Danemark. Lorsqu'ils ont retrouvé leur indépendance, les Islandais sont partis du principe que les Danois avaient volé les manuscrits et demandé que l'on leur restitue. Les Danois ont accepté à condition que les Islandais construisent un institut pour les préserver et aider à la recherche.


Et cela fonctionne ?


Vigdís Finnbogadóttir avait coutume de dire : "Nous n'avons pas de cathédrale, de châteaux ou de palais, mais nous avons les Sagas". La recherche est intense, très active. Les Islandais s'occupent vraiment de leurs manuscrits. Malheureusement, les anglo-saxons ont mis le grappin dessus, surtout les Américains.


Et en Europe ?


Le travail de défrichement n'est pas terminé. Le français cultivé sait ce que sont les Eddas, la poésie scaldique, les sagas, les poètes atomiques, Laxness. Mais il reste beaucoup à faire. Il y a des efforts à faire sur le pan scandinave en général, notamment avec la très riche littérature danoise. Une littérature à cheval entre l'Europe et la Scandinavie. En Norvège et en Suède, le terrain est encore vaste. J'ai mené de front un programme de divulgation portant sur les quatre cultures. Mais il nous manque le grand public. Nous ne touchons qu'un public élitiste.


À quoi est dû selon vous l'engouement actuel autour de la littérature islandaise ?


À l'heure actuelle, il y a un effet de mode, avec notamment la mode du polar. Éric Boury a divulgué des écrivains qui sont très bons, mais il en existe de meilleurs. Ils pourraient profiter de cela. 


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